Devant l’entrée d’un sanctuaire, on a peut-être déjà vu deux renards de pierre se faisant face. Ils portent parfois un tablier ou un foulard rouge. Tantôt imposants, tantôt minuscules, presque dissimulés. Dans tous les cas, les renards sont là.
Ce n’est pas un animal de compagnie. Ce n’est pas une mascotte. Le kitsune est là en relation avec Inari.
Inari n’est pas un renard
C’est l’un des malentendus les plus courants.
Inari est un kami, c’est-à-dire une force spirituelle au sens shintō, lié au riz, à la nourriture, à la récolte, au commerce, à la prospérité, à la transformation. Inari lui-même n’est pas un renard. Le renard est compris comme messager d’Inari.
Cette distinction compte. La statue de renard d’un sanctuaire n’est pas le kami lui-même : c’est un intermédiaire entre le monde humain et le monde des kami — un porteur de prière.
C’est pour cela que le renard tient souvent quelque chose dans la gueule : clef, rouleau, épi de riz, perle précieuse. Chaque objet désigne un domaine d’Inari. La clef pour l’accès, le rouleau pour le savoir, l’épi pour l’abondance, la perle pour la puissance spirituelle. Le renard porte un message, et l’objet en indique le type.
Pourquoi le renard
Le renard apparaît dans la spiritualité et le folklore japonais bien avant la diffusion à grande échelle du culte d’Inari. Dans les sensibilités anciennes, c’est un animal du seuil. Entre champ et montagne, entre monde humain et au-delà : il va et vient.
Cette qualité de « seuil » l’a tout désigné pour devenir messager : déjà situé, en somme, aux marges des choses.
Avec le temps, l’association entre renard et Inari s’est resserrée. La synthèse religieuse et les récits répétés ont fini par rendre la dissociation difficile : on ne sépare plus, dans l’image, le renard d’Inari.
Aujourd’hui, les sanctuaires Inari sont parmi les plus nombreux du Japon. De grandes structures comme le Fushimi Inari-taisha à Kyoto aux petits sanctuaires de quartier coincés derrière un konbini, on en compterait plus de trente mille à l’échelle nationale.
Les tabliers rouges
Quand un renard de pierre porte un tablier ou un foulard rouge, c’est presque toujours une offrande de fidèle. Un parent qui prie pour la santé d’un enfant, ou quelqu’un qui demande protection.
Le rouge, dans la tradition japonaise, écarte les malheurs. Le tablier n’est pas un ornement : c’est une prière donnée à voir.
Le renard qui reçoit ce tablier est traité comme un être capable d’atteindre des choses que l’on ne sait pas atteindre directement.
Comment regarder en visite
Pas besoin de tout savoir. Si un sanctuaire arbore des renards, c’est probablement un lieu lié à Inari. Le renard est messager. Et regarder ce qu’il tient renseigne sur la tradition particulière de ce sanctuaire.
Pour aller plus loin : observer ce que tient le renard, lire les caractères sur le sanctuaire principal et au-dessus du torii, repérer où le rouge se concentre — torii, ornements, offrandes.
Le renard ne « garde pas l’entrée pour empêcher d’entrer ». Il est sur le seuil. Et il est là parce que le seuil est, précisément, le lieu où quelque chose circule entre le monde humain et le monde invisible.
Voilà, plus simplement, ce qu’il en est.