« À trois, on a la sagesse de Monju » — Sannin yoreba Monju no chie. Presque tout le monde, au Japon, a déjà entendu ce proverbe.
Son nom y garde la trace de Monju Bosatsu (Mañjuśrī), le Bosatsu de la sagesse.
Réussite scolaire, examens, pensée embrouillée : c’est lui que l’on prie depuis longtemps dans ces moments-là.
Quel bouddha est-ce
Monju appartient à la famille des Bosatsu.
Son nom traduit le sanskrit Mañjuśrī — « la merveilleuse bénédiction ».
Domaines traditionnels :
- Sagesse — voir le fond des choses
- Étude — approfondir le savoir
- Parole — bien penser, bien dire
- Repère sur la voie du Bosatsu — comment vivre
À côté de la compassion d’Amida, de la guérison de Yakushi, de l’écoute de Kannon, la sagesse de Monju est l’un des piliers de l’action des Bosatsu.
L’attendant de Shakyamuni
Monju occupe une place importante dans la triade Shaka-sanzon :
- Centre : Shakyamuni Nyorai
- À gauche (à droite vu de face) : Monju Bosatsu — la sagesse
- À droite (à gauche vu de face) : Fugen Bosatsu — la pratique
Penser (Monju) et agir (Fugen) entourent ainsi l’enseignement de Shakyamuni.
Dans une « triade de Shaka », c’est lui — souvent monté sur un lion — qui se tient à un côté.
Monté sur un lion
Le trait dominant de Monju est le lion.
Roi des animaux, le lion symbolise la vigueur de la sagesse : non une sagesse douce, mais celle qui tranche l’illusion.
L’iconographie :
- Assis sur le lion, ou sur un lotus posé sur le lion
- Épée à la main droite — qui tranche les passions
- Rouleau de sūtra ou lotus à la main gauche
- Allure ornée de prince — couronne, yōraku
L’épée n’est pas réservée aux Myōō. Mais quand Fudō « brûle » l’illusion, Monju, lui, « distingue avec précision ».
« À trois, la sagesse de Monju »
Le proverbe dit qu’à trois personnes ordinaires, on peut atteindre la sagesse de Monju. C’est l’une des rares formules quotidiennes japonaises où un nom de bouddha s’est si bien fixé.
L’expression remonte au moins avant l’époque d’Edo : elle dit la familiarité de Monju dans la dévotion populaire.
La sagesse de Monju n’est cependant pas « réfléchir à plusieurs » : c’est « voir le fond des choses ». Le proverbe a popularisé l’idée que cette sagesse n’est pas réservée à un seul.
Monju « à cinq lettres » et « à huit lettres »
Dans l’ésotérisme (Shingon, Tendai), Monju se décline en types numérotés :
- Ichiji Monju
- Goji Monju — le plus courant, lié aux cinq syllabes du mantra « Arahashana »
- Hachiji Monju
- Rokuji Monju
Chacun a son mantra et ses rites. Dans un temple, le type est parfois précisé sur place.
Liens d’école
Monju est honoré largement :
- Hossō (Kōfuku-ji, Yakushi-ji)
- Tendai et Shingon — importance dans l’ésotérisme
- Zen — souvent placé au centre du dortoir ou du réfectoire
Au Zen, Monju guide la sagesse des moines en formation : c’est l’expression de l’idée que pratiquer, c’est aiguiser la sagesse.
Le bouddha des études
Le Monju le plus présent au Japon contemporain est sans doute celui de la saison des examens.
Les candidats se rendent dans les temples dont Monju est le honzon, et y déposent des ema de réussite.
Comme le proverbe inscrit dans la langue, son rôle de patron de la sagesse n’a guère changé.
Où le rencontrer
Quelques lieux :
- Chion-ji (Amanohashidate, Kyoto) — célèbre pour son Monju, l’un des « Trois Monju du Japon »
- Abe Monjuin (Sakurai, Nara) — l’un des « Trois Monju du Japon », Monju chevauchant le lion
- Daishō-ji (Kameoka, Yamagata) — autre « Trois Monju du Japon »
- Kōfuku-ji (Nara) — Monju de Kamakura
- Tōdai-ji (Nara) — Monju au Hokke-dō
- Les dortoirs des temples zen
Une note pour finir
Monju, c’est penser, voir clair, distinguer le fond des choses — la sagesse même portée par un Bosatsu.
Sur son lion, l’épée et le rouleau à la main, il garde l’acuité du geste qui tranche l’illusion.
Quand on bute sur une question, quand la pensée ne se range pas, aller au temple de Monju reste un geste très naturel. Pas seulement pour les candidats aux examens : pour quiconque hésite à trouver une réponse.