L’inquiétude que l’on éprouve avant d’entrer dans un sanctuaire est souvent disproportionnée par rapport à la réalité.
Beaucoup craignent de « faire quelque chose de travers ». Le moment du claquement de mains, la profondeur de la révérence, les mots justes qu’on ne connaît pas, la possibilité d’être impoli sans le savoir. C’est compréhensible — mais l’essentiel de cette inquiétude est superflu. Un sanctuaire n’est pas un lieu où l’on met les visiteurs à l’épreuve. Les gestes de base sont très simples, et ce qui compte vraiment, ce n’est pas l’exactitude, c’est l’attention que l’on porte au lieu.
Voici donc ce qui importe vraiment.
Quand on franchit le torii
Franchir le torii, c’est entrer dans un espace sacré. Avant de passer, une légère révérence est bienvenue. Pas besoin de cérémonial appuyé. C’est un petit geste qui permet à son propre corps de prendre acte d’un seuil franchi.
Ce moment est, en réalité, le plus important du parcours. Remarquer qu’on traverse une frontière, et laisser ce passage se faire au-dedans de soi : voilà le cœur.
Le temizuya
La plupart des sanctuaires disposent près de l’entrée d’un temizuya — un bassin de pierre avec ses louches. La procédure traditionnelle consiste à prendre la louche de la main droite pour rincer la main gauche, puis l’inverse, à recueillir un peu d’eau dans la main gauche pour se rincer la bouche (ou rincer à nouveau la main gauche), enfin à redresser la louche pour faire glisser l’eau le long du manche et la reposer.
Si l’on n’a pas confiance dans la séquence, se rincer les deux mains suffit. Le plus important, c’est le temps que l’on accorde à se préparer intérieurement avant de s’avancer.
Certains sanctuaires affichent les étapes. Très peu de visiteurs les exécutent parfaitement, et personne ne le reproche.
Comment marcher sur l’allée
Sur l’allée d’accès (sandō), on se décale légèrement par rapport au centre. Le milieu est traditionnellement considéré comme le passage du kami. Il suffit de le savoir pour s’y conformer ; dans les sanctuaires où l’allée pavée est nettement marquée, cette séparation se voit parfois clairement.
Devant le haiden
Le haiden (pavillon d’oraison) est le lieu où la plupart des fidèles adressent leur prière. Le déroulé courant est le suivant.
- S’avancer devant la boîte à offrandes
- Y déposer une pièce (la pièce de cinq yens est fréquente, mais rien ne l’impose)
- S’il y a une corde à clochette, la faire sonner une fois, doucement, pour commencer
- Faire deux profondes révérences
- Joindre les mains à hauteur de poitrine et claquer deux fois — un son clair
- Marquer un instant pour prier en soi, ou simplement rester là en silence
- Faire une dernière révérence pour conclure
Cela ne dure pas une minute. Aucune formule fixe à réciter. La prière au sanctuaire est libre et personnelle.
Si l’on préfère ne pas reprendre ces gestes, on peut aussi rester silencieusement debout, à observer. Sans claquement, sans révérence, le sanctuaire accueille les visiteurs.
Ce dont on n’a pas vraiment à se soucier
Connaître à l’avance le kami honoré. C’est intéressant à savoir, et c’est souvent inscrit sur un panneau à l’entrée. Mais ce n’est pas un préalable à la visite.
Réciter une « bonne prière ». Il n’y a pas de formule. Chacun adresse, dans ses propres mots, ce qui lui importe.
Ne pas être japonais, ne pas être shintō. Le sanctuaire n’est pas réservé aux adeptes. Ce qu’on attend, c’est du respect, pas une appartenance.
Les chaussures. Dans un sanctuaire, on ne les enlève pas. Les retirer concerne surtout l’intérieur de certains bâtiments de temples bouddhistes. Au sanctuaire, on reste chaussé.
Sanctuaires et temples : la différence
Le sanctuaire et le temple appartiennent à deux traditions distinctes. Le sanctuaire shintō se signale par son torii et honore les kami. Le temple bouddhiste présente souvent une grande porte (sanmon) et un brûle-encens, et abrite des bouddhas et des bodhisattvas.
Au Japon, les deux cohabitent parfois côte à côte, ou dans la même enceinte, conséquence d’une longue histoire religieuse entremêlée. L’étiquette diffère un peu : au temple, on ne claque pas des mains ; on joint simplement les paumes (gasshō) et l’on s’incline.
Dans le doute, regarder s’il y a un torii. S’il y en a un, c’est un sanctuaire.
L’essentiel, plus simplement
Le sanctuaire est un lieu où l’on est venu, longtemps, pour tourner son regard vers ce qui dépasse le quotidien. Ce qu’il demande, c’est de s’arrêter, de se purifier les mains, de s’approcher doucement, d’offrir un petit geste, et d’être là dans ce moment-là.
Cela suffit, pour l’essentiel. Tout le reste est détail.
La plupart des règles d’étiquette ne font qu’incarner, par le corps, ce sentiment de fond : « je suis ici, je porte attention, je sais quel type de lieu c’est. »
Avec ce sentiment, on a déjà l’essentiel.