Amaterasu, the sun goddess, peering gently out of a cave entrance toward warm morning light

Si vous avez déjà visité le sanctuaire d’Ise, vous gardez sans doute en mémoire la forêt silencieuse et la longue allée droite qui s’y enfonce — cette tranquillité si particulière au lieu.

La kami qui y est vénérée s’appelle Amaterasu (天照大御神).

Tout le monde, ou presque, a entendu son nom. Mais si l’on vous demande qui elle est exactement, la réponse se fait plus difficile. « Déesse du soleil » ne suffit pas à la contenir. Ce que conserve le Kojiki, c’est une figure plus stratifiée : quelqu’un qui rayonne, et qui sait aussi se cacher.

Qui elle est

Amaterasu est une déesse. Le Kojiki comme le Nihon Shoki la décrivent au féminin : à son métier à tisser, face à son frère cadet Susanoo, apparaissant dans les récits en tant qu’aînée.

Elle est associée au soleil, au jour, à la moisson, à l’ordre — à tout ce qui dépend de la lumière et de la continuité. Elle occupe aussi le centre de gravité structurel de la mythologie du Kojiki, où beaucoup d’épisodes clés gravitent autour d’elle.

Mais la figure qui apparaît dans les récits n’est pas toujours sereine ni toute-puissante. Elle rayonne intensément. Elle est aussi profondément blessée, et se retire du monde.

L’épisode de la grotte

L’histoire que l’on raconte le plus à propos d’Amaterasu, c’est celle d’Amano-Iwato — la grotte céleste.

Son frère cadet, Susanoo, monte aux hauts cieux dans un état d’humeur déplorable. Il détruit des rizières, souille des lieux sacrés et, pour finir, jette un cheval écorché dans la salle où Amaterasu tisse.

Elle est profondément blessée par ce qu’il fait.

En réponse, elle entre dans une grotte, tire une grosse pierre pour en boucher l’entrée et s’y enferme.

La déesse du soleil s’est retirée. Le monde se retrouve dans l’obscurité. Les récoltes échouent, les malheurs s’enchaînent.

Les autres dieux se rassemblent devant la grotte pour décider de la suite. Ils ne choisissent pas la force. Ils décident plutôt d’organiser une fête bruyante et joyeuse juste devant l’entrée.

Des rires et des danses montent. Une déesse, Ame-no-Uzume, danse sans retenue, et les dieux éclatent de rire tous ensemble.

À l’intérieur, Amaterasu s’intrigue. Le monde devrait être sombre et endeuillé — pourquoi tous ces rires ?

Elle entrouvre la porte de la grotte, juste assez pour regarder. Dans ce mince filet, les autres dieux glissent une main avec douceur et la ramènent au-dehors.

Ce que cet épisode dit d’elle

Un seul récit dévoile son caractère en plusieurs couches :

  • Une sensibilité qui se retire quand elle est blessée, plutôt que de riposter
  • Une présence centrale dont dépend le reste du monde
  • Une curiosité presque touchante — elle a regardé parce qu’elle voulait savoir
  • Une disponibilité à revenir quand on l’accueille avec chaleur, et non avec violence

Elle n’est pas une figure parfaite, éblouissante. Elle est le soleil, et elle est aussi quelqu’un qui se blesse et qui se cache — et qu’il faut faire revenir par la douceur des autres.

Cette coexistence d’une lumière forte et d’une vulnérabilité discrète est ce qui rend l’Amaterasu du Kojiki si attachante.

Note : dans le Nihon Shoki, l’épisode de la grotte apparaît en plusieurs versions alternatives, chacune divergeant légèrement dans les détails — pourquoi elle entre, ce qui la fait sortir. Il n’existe pas une seule version « officielle ». Cette pluralité fait partie de la façon dont le récit a traversé le temps.

D’autres dieux autour d’elle

Amaterasu ne porte pas son histoire toute seule.

La figure la plus proche dans son récit est Susanoo, son frère cadet — celui dont la violence l’a poussée dans la grotte. Il est puni, exilé vers la terre, et là son histoire bascule entièrement : il devient le héros qui vainc le serpent à huit têtes.

Le même dieu, deux moitiés. Nous traitons son versant dans un article à part.

Où la croiser aujourd’hui

Les sanctuaires consacrés à Amaterasu se trouvent partout au Japon.

Le plus connu est Ise Jingū (sanctuaire intérieur), dans la préfecture de Mie — réputé pour sa longue allée forestière et le silence qu’il garde.

Au-delà d’Ise, beaucoup de sanctuaires nommés Shinmei-sha (神明社) ou Tenso Jinja (天祖神社) lui sont consacrés. Les petits sanctuaires de quartier portent souvent eux aussi son nom.

L’Amaterasu d’Ise et celle d’un petit sanctuaire de quartier sont la même kami.

L’étiquette ne change pas pour elle — la même approche que pour n’importe quel sanctuaire. Pour des repères pratiques, voyez Comment visiter un sanctuaire et Pourquoi certains sanctuaires sont si petits.

Une note pour finir

Amaterasu est le soleil, et elle est aussi quelqu’un qui sait se cacher. Elle est au centre de la mythologie, et c’est aussi la figure que les autres dieux ont dû faire sortir d’une grotte avec des rires.

Si vous gardez avec vous cette double sensation à l’entrée d’Ise — ou devant un petit Shinmei-sha de quartier — le geste de joindre les mains se vit un peu autrement.