Kyoto, mont Kurama. Trente minutes de train depuis la ville, une longue montée, et l’on parvient à Kurama-dera, temple de montagne enserré par les cèdres.
Au centre du hondō, parmi les trois statues principales, se tient Bishamonten.
Ni la sérénité d’un Nyorai, ni la douceur d’un Bosatsu : un guerrier en armure. Une pagode-reliquaire dans une main, une lance dans l’autre, foulant un démon. De tous les bouddhas, c’est probablement celui qui « combat » le plus visiblement.
Quel bouddha est-ce
Bishamonten appartient à la famille des Tenbu.
« Bishamon » transcrit le sanskrit Vaiśravaṇa, et on l’appelle aussi Tamonten — « celui qui a beaucoup entendu » — pour avoir, dit-on, abondamment écouté la prédication du Bouddha.
Domaines traditionnels :
- Garder la Loi
- Protéger les armes
- Défendre le pays
- Apporter la prospérité
Les Tenbu sont d’anciennes divinités hindoues intégrées au bouddhisme comme gardiennes de la Loi. Bishamonten en est l’une : en Inde, il était Kubera, le dieu de la richesse.
Deux visages — Roi Céleste et Sept Divinités du Bonheur
Bishamonten porte deux visages.
Visage I : le Roi Céleste du Nord
Dans la cosmologie bouddhique, la montagne sacrée Shumi-sen est gardée par quatre Tenbu, un à chaque point cardinal :
- Est : Jikokuten
- Sud : Zōchōten
- Ouest : Kōmokuten
- Nord : Tamonten (Bishamonten)
Ce sont les Quatre Rois Célestes. On les rencontre aux quatre coins d’un temple ou autour d’un Nyorai, sous la forme de quatre statues en armure. Bishamonten est celui qui garde le nord.
Dans ce contexte, il est nommé Tamonten et passe parfois pour le chef du groupe.
Visage II : l’une des Sept Divinités du Bonheur
Dans la dévotion populaire, Bishamonten est l’une des sept Shichifukujin :
- Ebisu
- Daikokuten
- Bishamonten
- Benzaiten
- Fukurokuju
- Jurōjin
- Hotei
Dans ce registre, il n’est plus seulement un guerrier ; il est aussi dispensateur de fortune.
Son apparence
Toujours immédiatement reconnaissable :
- Cuirassé — armure et casque
- Pagode-reliquaire dans la main gauche — petite pagode votive
- Lance ou vajra dans la main droite
- Démon sous les pieds — symbole des passions à dominer
- Visage courroucé et plein d’autorité
C’est surtout la pagode-reliquaire portée à bout de bras qui le distingue. La pagode contient, croit-on, des reliques du Bouddha : Bishamonten incarne ainsi la « Loi protégée ».
Les autres Rois Célestes — Jikokuten, Zōchōten, Kōmokuten — lui ressemblent par l’armure, mais aucun ne porte la pagode.
Uesugi Kenshin et Bishamonten
À l’époque Sengoku (env. 1467–1615), Uesugi Kenshin s’est fait connaître pour sa dévotion intense à Bishamonten.
Il se considérait comme une incarnation du dieu, priait longuement devant sa statue avant le combat, et faisait orner sa bannière du seul caractère 「毘」.
Au Moyen Âge, le Bishamonten guerrier a été une figure de dévotion profonde dans la classe militaire.
Liens d’école
Bishamonten n’est l’apanage d’aucune école et a été honoré largement :
- Tendai (Hiei-zan Enryaku-ji)
- Shingon (Tō-ji, Kōya-san)
- Bouddhisme de Nara (Tōdai-ji, Kōfuku-ji)
- Shugendō
Kurama-dera (Tendai) et Shigi-san (Shingon) sont deux temples emblématiques où Bishamonten est honoré comme bouddha principal.
Où le rencontrer
Quelques lieux clés :
- Kurama-dera (Kyoto) — vieux temple de montagne, connu pour les tengu de Kurama. L’une des trois statues principales
- Shigi-san Chōgosonshi-ji (Nara) — cœur de la dévotion à Bishamonten
- Tōdai-ji Kaidan-in (Nara) — Quatre Rois Célestes, trésors nationaux
- Kōfuku-ji (Nara) — Quatre Rois Célestes, trésors nationaux
- Zenkō-ji (Nagano) — Quatre Rois Célestes du Niō-mon
- Tō-ji (Kyoto) — Quatre Rois Célestes du mandala sculpté
- Nishinomiya-jinja (Hyōgo) — au sein des Sept Divinités du Bonheur
Les Quatre Rois Célestes du Kaidan-in de Tōdai-ji ou de Kōfuku-ji comptent parmi les chefs-d’œuvre sculpturaux des époques de Nara et de Kamakura, et donnent à voir, mieux qu’aucun autre lieu, la figure guerrière de Bishamonten.
Une note pour finir
Bishamonten a un rôle net : garder la Loi par les armes.
Roi Céleste du Nord, divinité du Bonheur, patron des guerriers Sengoku, aujourd’hui figure du commerce — il porte plusieurs visages.
Cuirassé, pagode au creux du bras, foulant un démon, il a, du fond des temples, veillé sur les Nyorai et les Bosatsu. Devant le hondō du mont Kurama, on perçoit un peu, derrière la silhouette guerrière, la « force qui garde » et qui a soutenu cette montagne durant des siècles.