A seated statue of Dainichi Nyorai in jeweled crown and necklaces, forming the chiken-in mudra in a Shingon hall

Kōya-san. Au fond des montagnes de Wakayama, à environ 900 mètres d’altitude, un lieu sacré ceint d’épaisses forêts de cèdres.

Au cœur de ce site, en marchant du Kongōbu-ji au Danjō Garan, on aperçoit un édifice plus grand que les autres : le Konpon Daitō, immense pagode à étages vermillon.

À l’intérieur, au centre, est assis Dainichi (Mahāvairocana).

À la différence des autres Nyorai, il porte couronne et ornements. Sa présence massive dit qu’il est le centre du monde Shingon.

Quel bouddha est-ce

Dainichi appartient à la famille des Nyorai, mais occupe une place à part des autres.

« Dainichi » traduit le sanskrit Mahāvairocana — « le grand illuminateur ».

Ce dont il est le siège : l’univers lui-même. Il est tenu pour la source de tous les Nyorai, la lumière et le principe qui imprègnent l’univers entier.

Là où Shakyamuni, Amida ou Yakushi ont chacun leur rôle, Dainichi est le Bouddha-racine qui contient tous les autres.

C’est l’idée centrale du mikkyō (bouddhisme ésotérique), qui prend la forme, au Japon, du Shingon fondé par Kūkai.

Les deux mandalas

Pour comprendre Dainichi, il faut passer par les mandalas.

Dans un temple Shingon, deux mandalas sont accrochés côte à côte :

  • Kongōkai (Royaume du diamant) — le monde de la sagesse du Bouddha
  • Taizōkai (Royaume de la matrice) — le monde de la compassion du Bouddha

Dans l’un comme dans l’autre, Dainichi occupe le centre, et plusieurs centaines de bouddhas, parfois plus de mille, sont disposés autour selon un agencement géométrique.

Les peintures montrent ainsi que tous les bouddhas naissent du Dainichi central.

Son apparence

Dainichi se distingue nettement des autres Nyorai :

  • Couronne royale
  • Ornements (colliers yōraku, etc.)
  • Au centre de la couronne, parfois, un petit bouddha gravé

Ce n’est pas l’apparence sobre d’après l’éveil, mais l’éveil lui-même — le souverain de l’univers.

Les mudrā diffèrent selon le mandala :

  • Dainichi du Kongōkai : chiken-in — index gauche levé, saisi par le poing droit
  • Dainichi du Taizōkai : hokkai-jō-in — mains croisées sur les genoux, pouces dressés

Le chiken-in est particulièrement frappant : on s’en souvient comme de « ce geste étrange des deux mains ».

Liens d’école

Écoles qui placent Dainichi au centre :

  • Shingon (fondé par Kūkai, à partir de 816) — temple principal au Kōya-san
  • Tendai également, dans son volet ésotérique

Au début de l’époque de Heian (794–1185), Kūkai (Kōbō Daishi), revenu de Chine avec l’enseignement ésotérique, ouvre le Kōya-san en 816. Depuis, Dainichi reste au cœur du monde Shingon.

L’enseignement central du Shingon, le sokushin jōbutsu — « devenir Bouddha dans ce corps même » — est profondément lié à la pensée de Dainichi.

Où le rencontrer

Quelques temples emblématiques :

  • Kōya-san Kongōbu-ji / Danjō Garan (Wakayama) — siège du Shingon. Honzon du Konpon Daitō
  • Tō-ji / Kyōō-gokoku-ji (Kyoto) — le temple Shingon de Kyoto confié à Kūkai par l’empereur Saga
  • Enjō-ji (Nara) — connu pour le jeune Dainichi sculpté par Unkei
  • Murō-ji (Nara) — temple ésotérique du début de Heian

Le Kōya-san, accessible depuis Tokyo ou Osaka, est en lui-même un espace conventuel à ciel ouvert. Visiter Okuno-in, Danjō Garan et Kongōbu-ji suffit à éprouver une cosmologie centrée sur Dainichi.

En séjournant dans un shukubō (gîte monastique), on peut assister aux offices matinaux et entendre le shōmyō — le chant liturgique ésotérique.

Une note pour finir

Dainichi porte l’une des visions les plus vastes du bouddhisme : voir l’univers même comme Bouddha.

Sous la pagode du Kōya-san, devant la grande statue couronnée, s’ouvre une « manière de voir le monde » distincte de celle de Shakyamuni ou d’Amida.

Beaucoup de bouddhas existent, et à leur racine se tient Dainichi : savoir cela suffit déjà à modifier, dans les autres temples, la lecture des statues que l’on rencontre.