Au bord d’une rizière, à l’entrée d’un village, sur un col, dans le coin d’un temple, dans un cimetière.
De petites statues de pierre au visage rond, parées d’un tablier rouge, alignées. On les a tous vues, un jour, au Japon.
C’est Jizō — Jizō Bosatsu (Kshitigarbha).
De tous les bouddhas, c’est le plus intégré au paysage des villes et des villages. Non pas au fond d’un hondō obscur, mais sur le bord du chemin, près d’une tombe d’enfant, au plus près de la vie de chacun.
Quel bouddha est-ce
Jizō appartient à la famille des Bosatsu.
Son nom traduit le sanskrit Kshitigarbha, « trésor de la terre ». Comme la terre, il reçoit tout, porte tout.
Domaines traditionnels :
- Accompagner les défunts
- Protéger les enfants
- Veiller sur les voyageurs
- Sauver jusqu’à ceux tombés en enfer
Il se tient à la lisière de la mort et de la renaissance, tout en restant l’un des bouddhas les plus proches du quotidien — singularité de Jizō.
Le bouddha qui sauve jusqu’en enfer
On évoque souvent les six voies (rokudō) quand on parle de Jizō.
Le bouddhisme enseigne que les êtres errent entre six mondes : enfers, esprits avides, animaux, ashura, humains, célestes.
Jizō, dit-on, prend, dans chacun de ces six mondes, une apparence pour sauver les êtres.
Ce qui le distingue, c’est notamment qu’il va jusqu’à sauver les âmes des enfers. C’est un rôle propre à Jizō.
C’est de là que vient son association à la protection des enfants : la croyance populaire, profondément enracinée au Japon, veut qu’il accompagne l’âme des enfants morts trop tôt.
Une apparence de moine
Jizō se distingue résolument des autres Bosatsu :
- Pas de couronne, pas d’ornements — l’apparence du moine
Là où Kannon ou Miroku gardent le costume du prince, Jizō a la tête rasée et le simple kesa.
On y voit la marque qu’il travaille au plus près des humains.
Caractéristiques :
- Tête rasée
- Robe simple
- Main droite : un shakujō — bâton à anneaux du moine, pour avertir les insectes
- Main gauche : une hōju — perle précieuse qui exauce les vœux
On le voit le plus souvent debout ; les statues assises sont rares.
Pourquoi le tablier rouge
Aux Jizō du bord du chemin, on offre souvent un tablier ou un bonnet rouge.
L’usage vient des parents qui ont perdu un enfant et qui, en lui offrant le rouge des vêtements de l’enfance, prient pour que celui-ci repose paisiblement auprès de Jizō.
Ce n’est pas un rituel bouddhique officiel : c’est une dévotion populaire, qui a façonné, dans le paysage japonais, le visage si particulier de Jizō.
La confusion avec les dōsojin
Parmi les statues de bord de chemin, certaines ne sont pas des Jizō :
- Dōsojin — divinité shintō qui garde les limites du village et la sécurité du chemin
- Kōshintō — stèles du culte du kōshin
- Sarutahiko — divinité du chemin
L’extérieur se ressemble, mais un moine rasé portant shakujō et hōju : c’est Jizō.
Sur les dōsojin, voir l’article du cycle des kami : Sarutahiko.
Liens d’école
Jizō n’est l’apanage d’aucune école. Il est honoré largement, sous la forme d’une dévotion populaire profondément enracinée :
- Shingon, Tendai, Jōdo, Zen — chaque temple a son Jizō-dō
- Les Jizō du bord du chemin n’ont, le plus souvent, pas d’attache d’école
- C’est le bouddha le plus proche des deuils privés, en particulier des familles ayant perdu un enfant
Le Jizō-bon, fête de quartier, se tient autour du 24 août, surtout dans le Kansai : enfants et voisins se rassemblent devant le Jizō du quartier — un visage d’été persistant.
Où le rencontrer
Quelques lieux :
- Adashino Nenbutsu-ji (Saga, Kyoto) — huit mille statues de pierre alignées
- Rokuharamitsu-ji (Kyoto) — lié aux six voies
- Le pèlerinage des Six Jizō de Kyoto — six statues aux portes de la ville
- Sugamo Togenuki Jizō (Tokyo) — censé prendre sur lui les douleurs et les maladies
- Jizō d’Ono no Takamura (Senbon Enma-dō, Kyoto) — la légende de Jizō et des enfers
Mais l’endroit où l’on rencontre le plus de Jizō n’est sans doute pas un temple. C’est le bord du chemin : sur une diguette, en haut d’un col, à l’entrée d’un cimetière. Partout au Japon.
Une note pour finir
Jizō est plus présent au bord du chemin qu’au fond du hondō.
Petits cailloux empilés par un parent, fleur posée par quelqu’un sur son trajet quotidien, tabliers rouges qu’on remplace selon les saisons : autour de Jizō, il y a toujours la trace d’une prière.
Devant une petite statue trouvée au bord d’un chemin, se rappeler que Jizō se tient là, et qu’il a veillé sur quelqu’un, longtemps, suffit à faire un peu autrement le paysage banal du trajet.