Kyoto, Kiyomizu-dera. Tout le monde se souvient du panorama urbain qui s’ouvre depuis le hall principal.
Au centre de ce hall est honorée la Jūichimen Senju Kannon — l’une des nombreuses formes de Kannon.
Tokyo, Sensō-ji. Au-delà de la Kaminari-mon et de la rue Nakamise, dans le hall principal, c’est aussi Kannon qui est honoré.
Appelée familièrement « Kannon-sama », c’est sans doute, pour les Japonais, le bouddha le plus aimé : Kannon (Avalokiteśvara).
Quel bouddha est-ce
Kannon appartient à la famille des Bosatsu.
Le nom complet est Kanzeon Bosatsu — « Le Bosatsu qui regarde les sons du monde » — traduction du sanskrit Avalokiteśvara.
Son domaine, c’est la compassion : écouter les voix de souffrance et y répondre.
Il accompagne Amida sur ses côtés et a, dit-on, pour rôle d’apporter sur terre la compassion d’Amida.
Un bouddha qui change de forme
Le trait majeur de Kannon, c’est la métamorphose.
Le sūtra du Lotus, dans son chapitre Kanzeon Bosatsu Fumon-bon, dit que Kannon prend librement les formes nécessaires pour secourir.
- Forme d’un roi
- Forme d’un enfant
- Forme d’un vieillard
- Forme d’un marchand
- Forme d’un ascète
Trente-trois formes, dit-on — d’où les circuits de pèlerinage des trente-trois Kannon au Japon. Saigoku, Bandō, Chichibu — ensemble, ils forment « les cent Kannon » et ont une longue histoire.
Sept figures principales
On parle de « trente-trois », mais en pratique, les statues présentent surtout sept formes :
- Shō Kannon — forme standard, un visage et deux bras
- Jūichimen Kannon — onze visages
- Senju Kannon — mille bras (en pratique, souvent quarante-deux)
- Batō Kannon — une tête de cheval sur la couronne, forme courroucée
- Nyoirin Kannon — porte la perle d’exaucement et la roue de la Loi
- Juntei Kannon — bras nombreux
- Fukū Kensaku Kannon — saisit les êtres avec un lasso
Chaque forme dit un visage du travail de Kannon.
La question du genre
À l’origine, en Inde, Kannon avait une apparence masculine. En passant par la Chine, des traits féminins se sont ajoutés, et au Japon, on le représente souvent au féminin.
Doctrinalement, Kannon dépasse le genre : il/elle peut être homme, femme, enfant ou vieillard. La métamorphose elle-même est l’un des fondements de Kannon.
À l’époque moderne, on a commencé à voir Kannon sous l’aspect d’une mère douce — Jibo Kannon.
Son apparence
- Couronne (souvent gravée d’un petit Amida en son centre)
- Ornements de Bosatsu (yōraku)
- Voile céleste (tenne) tombant des épaules
- Lotus, vase, etc.
Le petit Amida sur la couronne indique que Kannon apporte la compassion d’Amida au monde.
Liens d’école
Kannon n’est l’apanage d’aucune école et est honoré dans presque toutes :
- Tendai, Shingon, Jōdo, Jōdo-Shinshū, Zen, Nichiren — toutes ont leur Kannon
- Souvent au sein de la triade d’Amida (Amida – Kannon – Seishi)
- Les pèlerinages des trente-trois Kannon sont trans-écoles
Aucun autre bouddha ne traverse à ce point les écoles.
Où le rencontrer
Quelques lieux :
- Kiyomizu-dera (Kyoto) — Jūichimen Senju Kannon, étape 16 du Saigoku
- Sensō-ji (Tokyo) — Shō Kannon, étape 13 du Bandō
- Sanjūsangen-dō (Kyoto) — mille et une statues de Senju Kannon alignées
- Hase-dera (Nara et Kamakura) — Hase Kannon, immense Jūichimen
- Hōryū-ji — Kudara Kannon (Nara) — élégance de l’époque d’Asuka
- Ishiyama-dera (Shiga) — Nyoirin Kannon
- Les Kannon-dō de bord de route, en ville comme sur les cols
Le pèlerinage des trente-trois Kannon, à côté de l’o-henro (88 temples de Shikoku), est l’une des grandes voies d’accès à Kannon.
Au temple, mains jointes, sans claquement.
Une note pour finir
Kannon écoute la voix et prend la forme nécessaire — c’est le bouddha qui œuvre au plus près de la vie humaine.
Mille bras, onze visages, tête de cheval, sourire maternel : autant de facettes du même travail.
Que ce soit dans le panorama du Kiyomizu-dera, sur l’allée animée du Sensō-ji ou dans une petite Kannon-dō en bordure de bourg, Kannon est là, à écouter — et l’arrière du hall principal s’éclaire un peu autrement.