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Sanctuaires / Dieux / Kojiki

Combien de dieux y a-t-il au Japon ? — Ce que veut vraiment dire « yaoyorozu »

May 15, 2026

A misty Japanese landscape with many small shrine torii scattered through forests, fields, and water — a sense of countless presences

Vous avez sans doute déjà entendu, quelque part, que le Japon compte huit millions de dieux.

Le chiffre frappe. Mais il arrive le plus souvent sans contexte, et les vraies questions qu’il suscite — qui sont-ils ?, où sont-ils ?, de quel type d’êtres parle-t-on au juste ? — restent en général sans réponse.

Cette page se veut une porte d’entrée tranquille, écrite avant les articles individuels de la série. Ce n’est pas une tentative de classer les dieux, mais une petite carte pour qui voudrait avoir une idée du monde dans lequel il s’apprête à entrer en passant sous un torii.

« Huit millions » n’est pas un chiffre littéral

Yaoyorozu (八百万) se traduit mot à mot par « huit millions », mais ce chiffre n’est pas fait pour être compté.

En japonais ancien, le caractère « huit » (八) servait souvent à signifier « innombrables » — un peu comme en français quand on dit des myriades ou à n’en plus finir. On retrouve ce même « huit » dans yae (de nombreuses couches), yakumo (de nombreux nuages), yamata (de nombreuses ramifications). Aucun n’est un chiffre exact.

Huit millions de dieux ne veut pas dire que le Japon tient un registre de 8 000 000 d’entités divines. Cela veut dire qu’il y en a tellement que personne ne les compte — que les dieux, dans cette tradition, ne sont ni rares ni centralisés, mais tissés dans le paysage.

Il n’y a pas, au centre de ce monde, un seul être suprême. Il y en a beaucoup, dans beaucoup d’endroits.

Où vivent les dieux

La manière la plus directe de sentir ce qu’est le yaoyorozu n’est probablement pas dans un sanctuaire célèbre. C’est dans le quotidien.

Dans les vieux récits comme dans la pratique encore vivante, on dit que les kami habitent :

  • les montagnes
  • les rivières et les cascades
  • la mer
  • les grands arbres et les rochers
  • les rizières
  • les carrefours
  • le foyer d’une cuisine
  • jusqu’aux toilettes

Le dieu des toilettes, ce n’est pas une plaisanterie. La prémisse de ce monde, c’est qu’il y a, dans chaque coin de la vie quotidienne, une présence attentive — pas seulement dans les grands lieux.

Les dieux célèbres des sanctuaires célèbres ne sont pas les seuls dieux.

Deux vieux livres

La trace écrite la plus ancienne de ces dieux vient de deux livres :

  • Kojiki (古事記, achevé en 712 apr. J.-C.)
  • Nihon Shoki (日本書紀, achevé en 720 apr. J.-C.)

Tous deux ont été compilés à la cour impériale pour conserver des traditions orales bien plus anciennes. Les mêmes dieux apparaissent dans les deux livres — mais souvent dans des versions un peu différentes.

Ce qu’on remarque en comparant :

  • Les noms sont orthographiés autrement
  • L’ordre des événements change
  • Le Nihon Shoki consigne parfois plusieurs versions alternatives côte à côte

Cette série ne tiendra aucun des deux livres pour la version « correcte ». Deux traditions coexistent, et nous les respecterons telles quelles.

Une idée plus douce d’où chacun habite

Il existe une cartographie floue de l’habitat des différents dieux — pas une taxonomie stricte, plutôt comme des quartiers dans un récit.

  • Takamagahara (les hauts cieux) — le royaume de dieux comme Amaterasu et Tsukuyomi, lié au ciel et à la lumière.
  • Ashihara no Nakatsukuni (la terre entre-deux) — le monde humain. Des dieux comme Ōkuninushi y appartiennent, à travailler la terre elle-même.
  • La nature elle-même — telle montagne précise, telle rivière, telle pierre, tel arbre. Certains avec un nom, beaucoup connus seulement localement.

Ce n’est pas un système. C’est la scène sur laquelle les récits se déroulent.

Les dieux que cette série va rencontrer

Dans Les dieux que vous croisez dans les sanctuaires, nous présenterons douze dieux parmi les plus fréquemment rencontrés dans les sanctuaires du Japon.

  • Amaterasu — déesse du soleil, vénérée à Ise
  • Susanoo — son frère cadet, vainqueur du serpent à huit têtes
  • Ōkuninushi — Izumo, en-musubi (le nouage des liens), la douceur
  • Inari (Ukanomitama) — et les renards qui en sont les messagers
  • Hachiman — protecteur des sanctuaires, des familles, du pays
  • Konohanasakuya-hime — le mont Fuji, les cerisiers
  • Tsukuyomi — dieu de la lune, le silencieux
  • Ebisu — la canne à pêche, la daurade, la prospérité
  • Izanagi et Izanami — le couple qui a engendré les îles
  • Ninigi — petit-fils d’Amaterasu, descendu sur la terre
  • Sarutahiko — le guide des chemins, qu’on rencontre aux carrefours
  • Benzaiten — déesse de l’eau, de la musique et de l’éloquence

Chacun a son caractère. Aucun n’apparaît comme une figure parfaite. Ils échouent, boudent, jalousent, s’excusent. C’est aussi pour cela que ces récits ont traversé le temps.

Cet article, c’est la carte qu’on peut garder ouverte en lisant les autres.

Avant d’aller dans un sanctuaire

Vous n’avez besoin de connaître aucun nom de dieu pour aller dans un sanctuaire. Le savoir n’est pas un préalable au geste de joindre les mains.

Mais savoir un peu — qui est vénéré où, de quelle présence on parle — fait que les choses devant vous (le nom du bâtiment, les offrandes, les renards de pierre, le chemin) commencent à avoir un sens.

Pour la pratique concrète des sanctuaires et les petits sanctuaires que vous croiserez en route, voyez Comment visiter un sanctuaire, Pourquoi certains sanctuaires sont si petits et Ce que veut vraiment dire Inari.

Cette série existe pour ce léger déplacement du regard — le moment où un renard de pierre ou un torii silencieux se met à sembler un peu plus proche qu’auparavant.